
Germaine Tillon
1. Courte biographie
Germaine Tillion (1907-2008) est une ethnologue française, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale et grande figure de la lutte pour les droits humains.
Elle naît le 30 mai 1907 à Allègre, en Haute-Loire. Elle étudie par la suite l’ethnologie à Paris et travaille sous la direction de l’anthropologue Marcel Mauss, célèbre sociologue français. Dans les années 1930, elle mène plusieurs missions de recherche en Algérie, où elle étudie les sociétés berbères.
Après la défaite de la France en 1940 et l’armistice signée par le maréchal Philippe Pétain, elle refuse l’occupation allemande et rejoint la Résistance. Par ses actions de résistance, elle participe à un réseau de renseignement et d’aide aux prisonniers. Mais en 1942, elle est arrêtée par la Gestapo puis est déportée au camp de concentration de Ravensbrück en 1943.
Après près de 2 années passées dans les camps de la mort en subissant notamment les terribles marches de la mort, elle survit à la déportation et est libérée en 1945. Après la guerre, elle reprend ses travaux scientifiques et s’engage dans plusieurs combats pour la justice, notamment contre la torture pendant la Guerre d’Algérie.
Après sa mort en 2008, elle entre au panthéon en 2015 au côtés de nombreuses figures de la résistance et de la déportation comme Germaine de Gaulle ou Jean Zay.
2. Son rôle pendant la Résistance
Pour apporter plus de précisions, dès 1940 soit après l’armistice signée par le Maréchal Pétain, Germaine Tillion s’engage dans la Résistance au sein du réseau du Musée de l’Homme, l’un des premiers groupes de résistance intellectuelle en France. Ce réseau rassemble notamment de nombreux chercheurs, des intellectuels et des scientifiques qui refusent l’occupation allemande pour des raisons politiques, mais aussi parfois patriotiques.
Dans ce réseau, elle participe à plusieurs activités clandestines et aide à organiser des actions de renseignement contre l’armée allemande notamment la collecte des informations sur l’occupation. Elle contribue également à aider des prisonniers ou des personnes poursuivies par les autorités allemandes sur le territoire français.
Le réseau du musée de l’homme diffuse également des textes clandestins destinés à encourager la résistance et à informer la population. Mais ces actions sont très risquées car la police allemande et les autorités du régime de Philippe Pétain traquent activement les résistants notamment à partir de 1943 avec la création de la milice française.
Mais alors que le réseau est démantelé en 1941, elle est arrêtée en 1942 pour raison de résistance et est internée à la prison de la santé où elle subit un interrogatoire puis est transférée à Fresnes avant d’être déportée en 1943 au camp de Ravensbrück
Dans ce camp, elle observe attentivement le fonctionnement du système concentrationnaire et malgré les conditions extrêmement dures, elle tente de soutenir les autres prisonnières. Elle essaye également d’analyser ce qu’elle voit dans le camp de ravensbrück (camp de concentration) pour essayer de comprendre le système nazi et participe aussi à des formes de résistance morale entre détenues.
3. Pourquoi ce personnage est pertinent pour le CNRD
Dans un premier temps, Germaine Tillon représente l’engagement des intellectuels et des scientifiques dans la Résistance car en tant qu’ethnologue, elle utilise ses compétences d’analyse et son réseau pour participer à des activités clandestines et donc utilise sa force intellectuelle au service de la libération de la france. Ainsi, la Résistance ne se limitait pas à des actions militaires. Des chercheurs, des professeurs et des étudiants ont également joué un rôle important dans cette résistance active.
Son arrestation et sa déportation illustrent aussi la répression très forte contre les résistants français. Comme beaucoup d’autres resistants, elle est arrêtée, interrogée (où elle subit quelques actes de torture) , emprisonnée puis envoyée dans un camp de concentration. Son passage par Ravensbrück permet ainsi d’expliquer la réalité de la déportation et les conditions de vie extrêmement dures imposées aux prisonniers (rationnement, travail intensif, baraquements insalubres…).
Dans le camp, elle adopte également une attitude particulière contrairement à d’autres déportés : en tant que chercheuse, elle tente de comprendre et d’analyser le système concentrationnaire. Cette analyse lui permettra après la guerre, d’utiliser ces observations pour témoigner et expliquer le fonctionnement des camps nazis et donc jouer un rôle crucial dans les jugements après guerre. Son travail contribue ainsi à transmettre la mémoire de la déportation et à mieux comprendre la violence du régime nazi dans sa mise en place des camps de concentration.
Enfin, son engagement se poursuit après la guerre où elle s’oppose à la torture et aux violences pendant la guerre d’Algérie et continue de défendre la dignité humaine. Elle montre ainsi que les valeurs portées par les résistants (liberté, justice et respect de l’être humain) sont une nouvelle fois défendus même après la guerre et tout au long de sa vie. Ainsi, Germaine Tillion reste une figure essentielle pour comprendre à la fois la Résistance, la déportation et le rôle du témoignage dans la transmission de la mémoire historique et sa répercussion dans les jugements après-guerre.