Camp de Chełmno

Présentation générale du camp de Chełmno
Le camp d’extermination de Chełmno (Kulmhof), en Pologne occupée, est le premier centre de mise à mort par gaz créé par les nazis, en activité à partir de décembre 1941. Il est installé dans un ancien manoir et dans la forêt voisine de Rzuchów, dans le Warthegau, et fonctionne uniquement comme lieu de meurtre, sans sélection pour le travail.
Les victimes – principalement des Juifs du ghetto de Łódź et des environs, mais aussi des Roms – y sont assassinées dans des camions à gaz dont les gaz d’échappement sont déviés vers l’espace clos. Les corps sont d’abord enterrés dans d’immenses fosses, puis exhumés et brûlés en plein air sur des grilles de rails pour faire disparaître les traces du crime. Les historiens estiment aujourd’hui qu’environ 200 000 personnes y ont été assassinées.
La fin du camp et la (non-)libération
À Chełmno, il n’y a pas de « libération » du camp comme à Auschwitz ou à Buchenwald : les SS cherchent au contraire à effacer les preuves et à supprimer les derniers témoins. Le camp fonctionne en deux périodes : de décembre 1941 à avril 1943, puis à nouveau de juin 1944 à janvier 1945, dans le contexte de l’avance soviétique.
Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1945, alors que l’Armée rouge approche, les SS rassemblent les derniers prisonniers juifs – environ 47 – dans une grange du village. Ils les sortent par groupes de cinq, les forcent à se coucher au sol et les exécutent d’une balle dans la nuque. Une partie des prisonniers se révolte, parvient à tuer deux SS, mais les Allemands incendient ensuite la grange pour achever les survivants et détruire les corps.
Lorsque les troupes soviétiques arrivent dans la région deux jours plus tard, il ne reste plus de camp en activité, seulement un lieu de crime en ruine et quelques survivants en fuite. La « fin » de Chełmno, ce n’est donc pas une libération organisée, mais la tentative nazie de supprimer jusqu’à la preuve de l’extermination.

Survivre : des rescapés presque introuvables
Contrairement à d’autres camps, il ne reste que très peu de survivants de Chełmno, car le dispositif est conçu pour tuer immédiatement les déportés et éliminer régulièrement les membres des Sonderkommandos juifs chargés des corps. Parmi ces très rares rescapés, on peut citer Shimon (Szimon) Srebrnik et Mordechai Zurawski, qui échappent à la mise à mort finale de janvier 1945.
Shimon Srebrnik, enfant du ghetto de Łódź, est blessé d’une balle à la tête en tentant de fuir mais parvient à se cacher chez un paysan polonais qui refuse de le dénoncer malgré une récompense offerte par les Allemands. Mordechai Zurawski, lui, est atteint à la jambe lors de l’exécution des derniers prisonniers, fait le mort, puis rampe jusqu’à la forêt avant l’arrivée de l’Armée rouge.
La survie à Chełmno, à la toute fin de la guerre, repose donc sur des circonstances exceptionnelles : la décision des nazis d’évacuer, le chaos des derniers jours, une tentative de révolte, et parfois l’aide de civils qui ne dénoncent pas les fugitifs.